01.12.2007

Chapitre 7 : La foire aux oignons

                                   La foire aux oignons

 

 

            Ce dernier vendredi d'août, bien avant le lever du jour, Prosper avait attelé la carriole et Milien l'aidait à hisser à l'arrière la cage de bois qui renfermait le cochon. Le mulet commençait à s'impatienter.

 

"Allons, la mér', es-tu prête, demanda le maître?"

 

Dans la maison, elle s'agitait comme aux grands jours, faisant ses dernières recommandations à Cendrine. Vêtue de sa "taille" et de sa jupe des dimanches, par dessus laquelle elle avait attaché un tablier bleu raidi par l'empois, coiffée d'une "gouline blanche", la fermière apportait maintenant deux immenses paniers à caser dans la voiture.

 

"Ça, c'est les provisions…ça lés œufs et l'beúrre…Faites bè-nattention d'rin câsser"

 

Sur la route, en bas,  on entendit tinter des grelots.

 

"Les v'là qui nous app'lant! És-tu prête?

 

-Me v'là, me v'là."

 

Elle enjambe le marchepied et s'installe sur la banquette, près de son époux arborant une veste de lustrine toute neuve sous la fameuse casquette du procès.

 

Quelques instants plus tard, la carriole de Prosper suivait celle des Philbert sur le chemin du Mans.

 

Lorsque trois heures après(il y a quatre lieues) les deux couples atteignirent le populeux quartier Saint Gilles, la foire battait déjà son plein. Cette manifestation annuelle, presque millénaire, est, en principe réservée au négoce des oignons, mais en fait on y vend de tout un peu.

 

La foire s’étend sur plus d’un kilomètre tout le long de l’avenue de Saint Gilles (alias avenue de la Libération), depuis le Pâtis Saint Lazare, jusqu’à la rue Gambetta. C’et du côté du Pâtis que commence l’animation, exclusivement utilitaire. Toute la matinée on voit s’affairer là paysans, grossistes et chevillards s’occupant des choses sérieuses. Puis, le soir, le principal de l’activité se porte vers le plaisir, à l’autre extrémité, réservée aux attractions foraines : manèges, bals, tirs.

 

Il n’est pas un manceau digne du nom qui ne soit allé badauder quelques heures à cette fête de fin d’été. L’après-midi, la collision de la campagne et de la ville fait qu’on se porte, littéralement, et qu’on ne voit plus rien, à peu près, sinon des toiles de tente et des têtes, et qu’on n’entend plus rien, à force de confondre les bruits de foule et d’orchestre.

 

Le soir, l’assistance devient plus réduite par le départ des paysans, et le tintamarre qui se poursuit dans la nuit devient exclusivement citadin.

 

C’est sur la petite place du Pâtis, même, que Prosper avait débarqué son cochon, qui, dans sa cage, au milieu de congénères captifs et d’autres bestiaux, se demandait bien ce qu’on lui voulait. Et voici que le « Maître » s’attendrissait sur le sort de l’animal.

 

« Tu sais pâs, la Mér’ Eh !bin v’là qu’ça m’soucie d’me dèfair’ de mon cochon.

 

- Dame n’on va l’remporter, il ést cor’temps.

 

- Non, bin sûr. Més tout d’mîn-m,ça m’fait quiouqu’choûse. Il a eún’façon d’me r’garder que j’ cré vend’ eún d’mes quèniaux.

 

- Quai qu’tu veux, faut pourtant bin qu’n’on véquisse. Tu l’emporterâs pâs quante tai en Paradis, ou putoût en Enfè, ton avèras.

 

 Ah !parquié non… V’là donc c’que tu vâs fair’ Josèphine. Tu vàs porter les pègniers d’mangeâille et d’beûrre aux Philbè qui sont installés là-bas, du coûté dés ognons et dés m’lons, en face de la pharmacerie : pi tu vâ r’veni’l’bidet et la chârte pour les mètt’à l’auberge.

 

La maîtresse Bèroux partit, un lourd panier dans chaque bras, heurtant toutes les hanches vagabondes qui se rencontraient sur son chemin. La fermière confia son bagage à la Philbert qui avait déjà étalé, à même le sol, au bout de l’avenue du Pont de Fer (alias AnatoleFrance), une collection bruyante de volatiles multicolores. Ses canards poussaient des coin-coin effarés qui lui faisaient une fameuse réclame ; et les coin-coin de la vendeuse discutant, joints à son profil aviculaire, pouvaient la faire prendre pour la mère du troupeau.

 

« Tâchez d’me vend’ça au mieux. Moè,j’vâ m’ner la chârte au Chapiau Rouge su’ l’Quai, et r’veni’ quante vous tout d’suite après. »

 

Quand elle revint près de Prosper, surprise ! le cochon était déjà vendu.

 

« Et bin vendu, ma vieille ! Vendu à c’groûs marchand qu’tu voès là-bâs. Mé a fallu chicaner, car i’sont bin toûs lés mîn-mes. Figure-tai donc qu’i m’a rabattu quarante sous à cause des trufïes qu’on a fait manger au gorin avant d’parti !Comme i’ dit, j’veux bè-n’aj’ter la bêt’,mès j’veux point poèyer la merde qu’al’a dans l’cô…Hein !Crè-tu ? Mal à rin, l’Clovis i’l’aurait point aj’té c’prix-là.Ça nous dèfraye bin voèyaige…Tu vâs pouvoè’ r’tourner avec la Philbai, tansiment que j’vâs aller mètt’ le j’vau à l’ècurie, comme ça, n’on s’ra libre tout l’après-midi.

 

Ainsi dit, ainsi fait. Mais les deux compères durent se rejoindre, et pas forcément par hasard, car à midi passé, les femmes ayant liquidé tout leur lot, , ils n’avaient pas encore reparu.

 

 « Ah ! i’sont bin toujoûs pareils, gémissaient les bonnes femmes,i’vont cor’ nous r’veni avec eún’ bèrdancée !! »

 

Ils se présentèrent à midi et demi, non pas ivres, mais fort gais,  en soufflant l’air de la chemises dans des nunus tricolores enrubannés de papier de soie.

 

« Vous n’s’rez donc jamais sèrieux d’vout’ chienne de vie, soupira la Boiroux.

 

-Vanquiers qu’non , renchérit la Philbert de sa voix de cana enrhumée. Aussi vrai comme j’m’ appelle Dorothée, j’vâs pâs lâcher l’mien d’la journée, comme ça j’s’rai bin sûre qui s’quiendra tranquille. Ergardez-moè çà…tout le monde i’s’dètournant sû eûx.. l’vont nous fair’ rougi’ . »

 

Le fait est que nos deux lurons attiraient l’attention ? Tout en cheminant vers le plus proche café où ils comptaient déjeuner pour ne rien perdre de la fête, Prosper esquissait un pas de polka où sa patte folle mettait de l’inattendu. Sa casquette, qu’il avait ôtée, puis remise cinq ou six fois pour y emmagasiner sa chique, faisait peu à peu le tour de sa tête ; la visière lui tombait dans le cou. Et chaque fois qu’il rencontrait une bonne paysanne à l’air béat, il lui plantait brusquement sous le nez un ognon de Niort qu’il cachait dans sa poche, en disant :

 

« Bise mon ognon, Marie Souillon ! »

 

Philbert, pris entre l’entraînement de l’exemple et le sévère contrôle conjugal, se montrait plus discret, mais il jubilait, répétant comme un refrain :

 

«  Ah !c’qu’on rigole ! Bon Dieu, qu’n’on rigole ! »

 

Et, ma fois, les interpellées, après un instant de stupeur, éclataient d’un franc rire.

 

Pourtant, la farce faillit tourner à la bagarre lorsque Prosper s’en prit à une plantureuse marchande des Halles qu’il avait prise pour une fermière.

 

« Va donc ! eh ! poch’tée, ballot ! Garde-lâ ton échalote, car c’ést p’t’êt’bin la seule que t’âs à ÿ offri’, à la tienne, de Marie-Salope ! »

 

Prosper fit bonne contenance :

 

« Non, ma fille, non, à preuve que c’ést moè qui fournis dés caïeux à tous les Loudonniaux !

 

- Ça m’étonne point qu’t’es des Loudonniaux, avec ton air andouille !

 

- Més, ÿi rèponez donc point, Madame, hasarda la Bèroux.

 

- Dè d'quai qu'tu t'mêles, tai, la vieille pomme de jaune? Ton merlan i'n'a qu'à m'fout'la paix.Cambin qu'tu paries que j'ÿi fous mon èventail à cinq branches su la gueule!"

 

Et joignant le geste à la parole…elle déploya son bras. Hélas! Ce fut une paisible ménagère qu'atteignit, en arrière, le premier temps d'un mouvement bloqué net. Le mari de la victime, un cheminot mastoc, empoigna la poissonnière aux épaules, tandis qu'un terrassier, auquel il venait de marcher sur le pied, le gratifiait de bourrades dans les côtes.

 

Un instant, on put croire que la contagion allait gagner toute la foire. Mais le hasard, toujours favorable aux rigolos, avait, dans un remous judicieux, séparé la cause de l'effet. Et Prosper soufflait à nouveau dans son mirliton, qu'on entendait encore à vingt mètres, les vociférations des derniers protagonistes.

 

"Bon Dieu! Qu'n'on rigole, jubilait Philbert.

 

- Il y'a pourtant pâs d'quai, rugit sa femme.

 

- 'l's'allant bin nous attirer dés histoères avec leûs magnères, dit la Bèroux.Prospè!Écoute-moè bin…aussi vrai que j'te l'dis, je n' sortirai pû jamais avec tai, si tu m'promets pâs d'rester tranquille…

 

- Voui, ma fille, voui, j'te promets."

 

Ils s'assirent devant un café qui, pour la circonstance, avait installé tables et bancs sur le large trottoir, près d'un bal forain dont une affiche annonçait l'ouverture pour treize heures, sous l'entrain de l'orchestre "Panse de Couâe".

 

Ils avaient à peine déballé leurs victuailles et commandé deux bouteilles de cidre bouché, que les musiciens prenaient place sur l'estrade et attaquaient les premières mesures.

 

"Pressons nous d'manger, dit Prosper, que j'fasse danser un rigodon aux bonnes femmes!

 

- Parÿé oui! On aurait bonne mine, à nout' âge!

 

- J'm'en fous. Si vous voulez point, j'invite la p'tite bonne du bistrot…Hein, la p'tite Jean-nett' que tu veux bin danser avec moè?"

 

La servante, habituée à ces familiarités, répondit sans moindre embarras.

 

" D'abord,j'm'appelle point Jean-nette. Quant au reste, d'mandes au patron…j'sé gagée.

 

- Quiens,quiens! Hé, l'patron… Ç'pâs? Qu'vous voulez bin que j'fasse danser la p'tite…j'poèÿe eún' bouteille de fin…

 

- Moi, j'veux bin, consentit le cafetier intéressé. Mais juste une danse, et pressez-vous avant qu'i'y'ait la foule.

 

- En vérité, i'va l'fair." dit la Philbert.

 

Prosper le fit. Il mêla ses gros doigts noueux à ceux de l'accorte goton, au bout de son bras tendu en potence, et plaqua son autre main sur la croupe généreuse de la belle, l'entraînant dans une valse assez peu orthodoxe.

 

Les deux fermières riaient jaune, d'un jaune qui prit du ton, lorsque de sa moustache imprégnée d'ail, il effleura la joue rose de sa cavalière.

 

"Voilà, dit-il aux jalouses; mais, comme j'sé bon gârs, les deux prouchaines a's'ront pour vous."

 

Elles ne demandaient que cela, et ne se faisaient prier que pour la forme? Tant bien que mal, en jetant de temps en temps une petite ruade archaïque soulevant la "traîne" de leur jupe, elles terminèrent respectivement une scottish et une mazurka, ou quelque chose d'approchant.

 

"Et vous direz point que j'fais deûx pouâds deûx m'sures! dit-il en les embrassant à la joie de l'assistance qui se faisait plus dense.

 

À ton tou'!Philbè!"

 

Philbert, qui ne savait qu'obéir, s'exécuta. Prosper en profita pour commander une autre bouteille qu'il mit à mal.

 

"Voèyons, dit la Bèroux encore toute essoufflée, on voudrait pourtant bin voèr' eún peu la ville…

 

-Et pi la cathèdrale, ajouta la Philbert, i' paraît qu'ça qu'i ést si biau!"

 

Après avoir réglé les consommations, ils se remirent en route. Mais, trop d'attractions brillantes sollicitaient leur attention. Et le courant contraire, venant de la ville, ralentissait leur marche.

 

"Si on f'sait eún tour de j'vaux d'bouâs? proposa Prosper en passant devant un manège.

 

- Cést eún'idée, dit Philbert, justement, n'y'a eún p'tit cochon qui r'semble au tién, tu vâs pouvoèr' monter d'sûs.

 

- Ç'ést ma foè vrai qu'i ÿi r'semble…Pourtant l'mién, i'n'a jamais tant chauvi. Més faut dire que ç'ti'la il ést au plaisi' toute l'année,tansiment que l'mién il'tait enfermé toujoû dans sa soue. Et qu'en fin d'compte,l'd'vait bin savoè' dè quai qui l'attendait… Ergerde-le, Philbè, c'petit gorin, avec sés yeux en trou de balle, ses bouettes du nez au vent, et sa belle goule rose, on jur'rait qu'c'ést ton frère. Quant à moè, monter d'sus, ça m'f'rait deuil…J'vâs putoût chouâsi l' groûs j'vau pommelé et mirodé qui monte et qui descend.

 

- Eh! bin moè, dit Philbert, j'emmène les bonnes femmes dans l'tourniquet!

 

- P't'êt' bin qu'oui! dit la Bèroux. On dirait bin,an'hui qu'iz-avant juré d'nous fair' affoler!

 

- Allez, allez!" commanda Prosper en les poussant sur le plateau du manège qui venait de s'immobiliser. Avec un air gauche et honteux, elles se laissèrent installer dans une sorte de grosse toupie, tandis que Philbert, assis à côté d'elles, passait sa jambe gauche par l'ouverture d'entrée, et piétinait le plancher pour imprimer le mouvement circulaire à l'appareil…

 

Le manège se mit en marche, au son d'un orgue mécanique doré qui crottait du carton à trous. Sur son cheval sauteur, Prosper ressemblait à Don Quichotte, l'armure en moins. À chaque bond du coursier, ses deux longues jambes battaient le plancher, tandis que les bonnes femmes effrayées par la double giration de la toupie et du manège poussaient selon l'expression de Prosper, des hurlements de"chatte en ruaude".

 

La foule se tordait, et gratuitement; sur les foires, ce sont les clients qui font l'attraction principale.

 

Au bout de trois minutes, ce furent deux pauvres chiffes que les bonhommes cueillirent dans le tourniquet.

 

" Mon Dieu! que j'sé malade gémissait la Philbert.

 

- C'est comme si j'ètais saoûle pleurnichait sa compagne.

 

- Ah! les cochons,i'nous ^yi r'prendrons pas…foutons l'camp. Et tâchez d'nous suiv' vous-aut'.

 

- Mon dèjun-ner i'm' tourne su l'coéu': fau'rait que j'rende…

 

- Moè, ma mèr' Bèroux, ça m'ramionne dans l'ventre, fau'rait que j'fasse!"

 

Les deux couples, maintenant longeaient les quais de la Sarthe en direction de la Cathédrale, qui, sur l'autre rive, domine tout le Vieux Mans de sa carrure massive.

 

" Fau'rait que j'rende!

 

- Fau'rait que j'fasse!

 

Seule, pendant longtemps, cette lamentation  sporadique tint lieu d'entretien. Derrière, les hommes se donnaient du coude en clignant de l'œil. Le groupe arriva ainsi en vue du Tunnel, cette gigantesque percée qui réunit deux parties de la ville par-dessus la colline de l'antique cité.

 

" Fau'rait que j'rende!

 

- Fau'rait que j'fasse!

 

- Si c'ést d'la monnaie qu' vous parlez, y'a moins d'risque à en rend' qu'à en fair'.

 

- Nous agoussez point! Vous pouvez bin ét' fiers de vout' ouvraig', grands s'rins. Et dire que faut cor' monter tous ces escaliers-là pour aveind' la Cathèdrale…

 

- M'en parle point, Josèphine, pour eún peu, je r'noncerais…"

 

Les cents et quelques marches qui s'étagent en paliers successifs de chaque côté de la voûte du Tunnel firent pourtant l'effet d'un bon révulsif. La sollicitude municipale a couronné chacun des deux accès d'une accueillante tôle dentelée, un peu trop courte par en-bas. Les deux femmes s'y précipitèrent, en dépit de la destination strictement masculine des édicules.

 

" Ça va mieux! triompha la Philbert.

 

- C'est bin moins pir', convint la Bèroux.

 

- Faut pas vous gêner, Madame, dit soudain une grosse voix près de la première qui tressauta. Quoi? Ce n'étaient donc pas leurs maris qui montaient directement derrière elles?

 

- Dè quai qu'i's'mêle, ç'ui-là, rétorqua la grincheuse… Occupez-vous donc de ç'qui vous r'garde…

 

- C'est vrai, ça ne me regarde plus, mais à l'instant, ça me regardait, la mère, et j'vous jure, ça ne me regardait pas blanc!" Le passant partit d'un éclat de rire.

 

Du vert de sa colique, l'interpellée passa au cramoisi de la honte, et toutes deux épanchèrent leur reste de bile sur la tête des époux. Par la tortueuse rue des Chanoines tous quatre atteignirent le Parvis Saint Michel, serré entre la nef puissante de la Basilique dédiée à Saint Julien et une série de logis Renaissance à bonnets pointus.

 

" Fî d'garce! Qu' c'ést grand et haut ç't'èglise! constata Prosperl'Pér'Daguin, l'maçon d'Saint-Mâs, i'n'n'a jamais fait autant!

 

-Y'aurait bin sûr fallu d'l'aide, admit Philbert.

 

- Et toutes cés mirodures-là …c'est-i' biau! L'Bon Yieu il ést bin pu grand'ment logé en ville que chez nous, c'ést pâs étonnnant qu'n'on l'voit pâs souvent…

 

- Par oûyou donc qu'n'on rentre? s'inquiéta la Bèroux.

 

Après une cérémonie, le portail du bas de la nef était encore ouvert.

 

" V'là! C'ést par là! Vous les hommes, tâchez d'vous t'ni' comme i' faut.

 

- Nous? On rentre point. On voit-i pas bin d'icite…

 

- En tous les cas, attendez-nous. On n'n'a pour eún quart d'heúr' on vous r'prendra là à la sortie."

 

Les femmes entrèrent craintivement, effrayées du bruit de leurs galoches résonnant sous les voûtes. Béant devant les colonnes géantes et les ogives aériennes, admirant les vitraux à l'étrange et mélancolique harmonie dont l'ampleur les sidérait, étonnées par toutes ces petites églises alignées dans l'église autour du chœur, elles consacrèrent une bonne demi-heure à la visite; elles sortirent à la fois conquises par tant de merveilles, et outrées de tant de luxe.

 

Une surprise bien désagréable les attendait sur le parvis. Prosper et son acolyte avaient disparu. Elles auraient dû s'y attendre..; Elles patientèrent un quart d'heure, une demi-heure, une heure; puis tempêtant, elles regagnèrent l'auberge des quais où étaient remisés leurs attelages, espérant encore, bien en vain, y retrouver les fugitifs.

 

" On va pourtant pas s'mètt' dans la nuit?

 

- Moè, ma mér'Bèroux, j'attèlle et j'm'en vâs.

 

- Eh!bin, moè itou, arrive que pourra!

 

- I'r'viéndront d'pied si i'voulant, més jamais, au grand jamais j'ne r'foutrai lés pattes en ç'te salop'rie d'ville, et i' l'emporteront pâs en paradis, nos voyous!"

 

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